Des grenouilles, des serpents et des orchidées : les CFF et la nature

28.10.2026 26 min

Zusammenfassung & Show Notes

Quel lien existe-t-il entre les CFF et les orchidées ou encore les grenouilles ? Saviez-vous que les CFF mettent des serpents en garderie ?  Si les trains des CFF relient des gares, ils n’en traversent pas moins la nature. Et il s’agit de le faire le mieux possible !
Bref, pour en savoir davantage sur la manière dont les CFF préservent les plantes et les animaux, mais aussi pour comprendre les dangers que fait parfois courir cette même nature, bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast des CFF sur le monde ferroviaire et ses coulisses 

Transkript

Les lignes de chemin de fer, sont un super réseau au niveau national. C’est des corridors verts comme il y en a peu, qui permettent de relier divers milieux. Mais ça peut aussi avoir un effet barrière ou coupure. Les CFF vous souhaitent la bienvenue et un agréable voyage dans leur podcast. Quel lien existe-t-il entre les CFF, les orchidées ou encore les grenouilles? Saviez-vous que les CFF mettent des serpents en garderie? Si les trains des CFF relient les gares, ils n’en traversent pas moins la nature. Et il s’agit de le faire le mieux possible. Pour en savoir davantage encore sur la manière dont les CFF préservent les plantes et les animaux, mais aussi pour comprendre les dangers que fait parfois courir cette nature, bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast des CFF. Je m’appelle Jean-Philippe Schmidt et j’ai le plaisir d’accueillir Muriel Prisi, qui est responsable Environnement CFF en Suisse romande. Muriel Prisi, bonjour. - Bonjour. Pour te présenter en quelques mots, tu travailles au sein d’Environnement CFF et tu es un petit peu la gardienne de l’environnement et de la nature au sein des CFF. C’est juste ou c’est une façon un peu osée de te présenter? J’espère que c’est juste et c’est effectivement une des facettes de mon travail en tant que «gardienne» de ce qui est environnement, puisque ça ne touche pas que l’environnement vert. Mais oui, on essaie de limiter l’impact de nos projets ou si besoin de les compenser à chaque fois qu’on a un impact avec un projet d’infrastructure ferroviaire. Ça veut dire que tous ceux qui vont construire un pont, un tunnel, tous ceux qui vont refaire des voies par exemple, font un projet avec des plans et ainsi de suite. Ça passe chez toi et ton équipe et vous vérifiez si tout est conforme aux lois, etc., c’est ça? - Exact. Quand on fait l’équivalent d’un dossier de mise à l’enquête pour un projet, on est obligés de présenter une évaluation environnementale. Donc on produit un rapport pour chaque projet mis à l’enquête. Dans ce rapport, on évalue entre autres les impacts sur la nature, donc sur la faune et la flore. Et on minimise, compense, accompagne pendant les phases d’études, mais aussi jusqu’à la réalisation. On va parler un peu plus loin de ce que ça implique. On va peut-être parler de deux thèmes principaux. C’est les fleurs, les plantes, et puis les animaux. Commençons avec les fleurs, car tu nous en as apportées. Merci, c’est la première fois qu’on nous en apporte dans ce podcast. On va peut-être les décrire, peux-tu nous dire comment elles sont? Elles sont jaunes et blanches, elles ont soif. Je les ai ramassées en venant ici, donc vraiment au bord du chemin. J’ai ai même arraché certaines, car c’est des plantes invasives en fait. La petite blanche qui ressemble à une pâquerette, quelqu’un dans le train m’a questionnée et pensait que c’était de la camomille, donc elle a des pétales blanches et un centre jaune. Ça, c’est la vergerette annuelle. Et l’autre, qui est un peu similaire du point de vue de la fleur, est jaune, et ça c’est le séneçon du Cap. Les deux sont des plantes invasives. Elles sont donc sur la liste noire des plantes invasives en Suisse. Elles n’ont rien à faire chez nous, se propagent très, voire trop facilement, et le train peut être aussi un vecteur qui aide à disséminer les graines ou les plantes. Typiquement ces plantes là, même une fois arrachées, les graines continuent ou des petits bouts de tige suffisent parfois à la dissémination. Il faut vraiment bien les éliminer. Donc personne ne t’a dit quelque chose quand tu les as arrachées aujourd’hui. C’est effectivement une chose qu’il faut faire. Et on les trouve dans des endroits spéciaux ou un peu partout? Celles-ci je pense qu’on les trouve un peu partout. C’est justement le problème des plantes invasives. Elles sont très concurrentielles et vont venir s’installer plus vite. Elles concurrencent ainsi les espèces qu’on aimerait voir plutôt chez nous. Il y a beaucoup de plantes? Qu’est-ce qu’on fait? Nous posent-elles problème? Pourquoi les enlève-t-on? Elles sont invasives, mais qu’est-ce qu’il se passe si on les laisse? Ça dépend des plantes. Et la liste des plantes invasives s’allonge chaque année. Si on prend par exemple la jaune, le séneçon du Cap, il est toxique pour les bovins. Pour nous aussi, mais je pense qu’on a moins l’envie d’aller le manger. Mais ce n’est pas bon pour le bétail. Donc les vaches vont brouter autour et laisser ces plantes, ce qui va contribuer à ce qu’il y en ait de plus en plus. Ce n’est pas idéal. La vergerette, à mon avis, elle est juste invasive, donc pas bonne pour la biodiversité en général. Après on a d’autres plantes invasives. On les a aussi priorisées par rapport à comment lutter chez nous ou par rapport à la lutte qu’on met en place. Certaines sont problématiques pour l’être humain, car elles sont par exemple très allergènes, comme la Berce du Caucase. Certaines sont problématiques à cause de leurs racines, qui vont déstabiliser nos talus, par exemple la Renouée du Japon. En règle générale, l’ensemble des plantes invasives prend la place de plantes qui devraient être chez nous et on perd donc en biodiversité. On aura des talus tout jaunes, plutôt qu’avec un mélange de fleurs. C’est pas facile, car les talus ne sont pas comme un jardin que l’on voit tous les jours. Il faut vraiment les entretenir, il y a sans doute beaucoup de fauchage. Il y a des campagnes pour faire en sorte qu’on n’ait aucun problème de sécurité. C’est effectivement mes collègues qui gèrent l’entretien qui s’organisent avec tout ça, puisque ce n’est pas évident. Idéalement si on les fauche, on le fait avant qu’elles soient en graine, comme ça on limite un peu la propagation. Donc il faut savoir où elles sont, puis planifier toutes les campagnes d’entretien selon ces secteurs-là. Il y en a qu’il faut arracher. Il y a des invasives qui sont sous forme d’arbres aussi, donc on peut aussi utiliser des produits chimiques quand on n’a pas le choix. C’est vraiment tout un métier. Une fois qu’on a enlevé toutes ces mauvaises plantes, celles que tu as arrachées, ça fait déjà ça de moins, on va parler un peu des bonnes plantes. Il y a beaucoup de plantes qu’il faut préserver. As-tu quelques histoires à nous raconter sur des projets dans lesquels vous avez dû y faire attention, les préserver et les maintenir en état? On a beaucoup de plantes qui sont justement plutôt favorisées, donc on va toujours faire des relevés avant d’avoir un projet. Sur place, on regarde le type de milieu et les plantes qui sont cette fois sur la liste rouge, c’est-à-dire qui sont menacées, donc protégées. Celles que tout le monde pourrait connaître c’est les orchidées. On a différentes espèces d’orchidées indigènes. Leurs fleurs sont plus petites que celles qu’on trouve chez le fleuriste. Donc les orchidées ne s’achètent pas juste en grand magasin, pour fâner plus tard. On en trouve aussi vraiment le long de nos voies. Oui, c’est quelque chose qu’on trouve et qu’il faut laisser. Contrairement à ce que j’ai amené, il est interdit de les cueillir. Au niveau suisse, toutes les orchidées sont protégées. Donc si on en identifie sur un périmètre de projet, on peut avoir à les transplanter par exemple. C’est des opérations dont le succès n’est pas garanti. Les chances de reprise sont d’à peu près un tiers. On sait que quand on transplante, il y a des risques de ne pas retrouver exactement ce qu’on a planté. On a eu une anecdote sur une orchidée spécifique à Cully il y a quelques années, où on a trouvé une Orchis géante. C’était la première fois qu’on trouvait cette fleur-là sur le canton de Vaud. On s’est dit «super». On l’a transplantée au jardin botanique le temps des travaux, en espérant pouvoir ensuite la remettre sur place. Mais elle a malheureusement connu un triste sort en raison de limaces. - D’accord, ça peut arriver. - Ça peut arriver, on n’y peut rien. Il y a les gardiens, il y a quand même d’autres... Ça reste la nature! Il y a d’autres prédateurs, on va dire. C’était une grande orchidée? C’est quoi une orchidée géante? L’orchidée géante atteint jusqu’à 80 centimètres. - C’est une grande fleur. - Tout à fait. Il y a des orchidées encore plus grandes, qui sont plus fréquentes sur le canton de Vaud. Je les aime bien, car elles s’appellent Orchis bouc. Elles s’appellent ainsi, car elles ont une odeur de bouc, donc on les reconnaît aussi assez facilement. Elles sont grandes, mais elles puent. - D’accord. On les transplante quand même s’il le faut. C’est ça tout le travail en fin de compte, des gardiens de la nature aux CFF. C’est de faire en sorte que quand on arrive, qu’on fait un chantier, on enlève toute la terre, puis une fois qu’on a fini le chantier, on remette ça le plus proche de ce que c’était avant. Oui, faire attention à comment on travaille et remettre en état. As-tu d’autres histoires de plantes, j’aime bien les belles histoires? Peut-être des histoires de plantes qui ont survécu? On a fait d’autres campagnes, où on a transplanté. Alors pas forcément des orchidées. On a des graminées ou des plantes avec des petites fleurs qui ont des noms un peu plus latins, et là on a eu des bons résultats, donc c’est possible. Après ce qu’on fait aussi, c’est soigner toutes les remises en état dans les talus qu’on touche. Soit on choisit des mélanges grainiers qui sont appropriés aux stations dans lesquelles on est, avec des plantes indigènes. On va voir des vendeurs de semences qui sont vraiment spécialisés là-dedans. Soit, mais il faut que les conditions soient remplies, on peut aussi utiliser une méthode qui est la fleur de foin. Donc si on a une parcelle avec une prairie intéressante, on peut venir au bon moment, on fauche, on prend le foin et on le déplace sur la parcelle à réensemencer. Comme ça on a vraiment les graines du lieu. On devrait ainsi réussir à recréer une prairie comme elle était là avant. Vous êtes vraiment des paysagistes de ce qui se trouve autour des voies. C’est vrai qu’on ne se l’imagine pas, les trains traversent la nature, mais ils peuvent aussi être des obstacles. Maintenant parlons aussi des animaux. Ça fait certes longtemps que le train est là. Pour les voitures, on a par exemple des passages à niveau, mais prend-on des mesures spécifiques pour les animaux? Je crois que c’est tout un deuxième pan ou volet de ce que tu fais. C’est de surveiller et de faire en sorte que tous les projets ne nuisent pas aux animaux. De leur permettre de continuer à vivre dans leur environnement naturel. As-tu des exemples d’animaux ou de spécificités créées pour les animaux? On a plusieurs animaux qui sont dans notre focus quand on a des projets. Autant les lignes de chemins de fer sont un super réseau au niveau national, c’est vraiment des corridors verts comme il y en a peu, qui permettent de relier divers milieux. Mais ça peut aussi avoir un effet barrière ou coupure. Par exemple pour les batraciens. Quand ils sont en période de migration, leur instinct leur dit de rejoindre la forêt ou l’étang, et s’il y a une voie entre les deux, ils restent potentiellement bloqués contre un rail. Du coup ils vont simplement longer le rail quasi indéfiniment, si on ne les aide pas. Donc dans certains secteurs spécifiques, on peut mettre en place des petits éléments métalliques, qui font juste que le crapaud ou la grenouille arrive contre ce heurtoir et passe sous le rail, où on a préalablement dégagé du ballast pour qu’il puisse traverser. On crée des passages sous voie pour les grenouilles. Alors ça c’est des passages sous rail, on accompagne plutôt. Il faut bien s’assurer que le passage est possible sur tout le parcours. On peut faire des passages sous voie, des crapauducs, - Un crapauduc? - Oui, un crapauduc. - C’est pas mal ça. - C’est pas mal. C’est plus rare, car c’est des grosses infrastructures. Puis ça nécessite aussi tout un système de guidage de part et d’autre du passage sous la voie. Donc ce n’est pas la solution la plus souvent mise en œuvre. Je sais que des passages sous rail tout simples pour les grenouilles, on en a fait récemment aux Epoisats, dans la vallée de Joux. - Oui. - Et ça marche? Les grenouilles comprennent, elles y vont et ça fonctionne? Ça fonctionne, oui. On en a effectivement mis aux Epoisats, mais aussi dans la Grande Cariçaie. Dans la Grande Cariçaie, il y a eu une campagne avec un suivi vidéo qui a permis de les voir. Donc elles arrivent, elles se heurtent contre ce truc, elles passent dessous, ça fonctionne. C’est pas mal, c’est quand même une belle histoire. On a d’autres animaux comme ça, qui sont source de protection? Qu’est-ce qu’on a d’autre dans toute la faune qu’on peut avoir? Ce qu’on a beaucoup et qui apprécie surtout nos talus, ce sont les reptiles, donc les serpents, des vipères ou des couleuvres. Car même si les trains font du bruit et des vibrations, ça ne les gêne pas, donc ce sont des milieux assez tranquilles pour eux. Souvent bien exposés au point de vue soleil. S’il y a un peu de cailloux, ils sont contents aussi. C’est aussi des espèces qu’on a et qu’on monitore, donc on fait des relevés avant les projets. On le fait à l’aide de tôles foncées, qu’on pose dans les talus. Elles chauffent avec le soleil et attirent les bêtes qui viennent dessous. C’est des spécialistes qui viennent pour faire ça bien sûr. Ils soulèvent ensuite la plaque et voient le serpent. Soit ils l’attrapent pour bien l’identifier ou ils le font comme ça. On sait ainsi ce qu’on a dans les talus. Selon les projets qu’on a, il a parfois fallu capturer ces serpents pour les mettre «à l’hôtel» le temps des travaux, pour les remettre ensuite sur site. Il y a des garderies ou des hôtels pour serpents! C’est pas les CFF qui les tiennent j’imagine, c’est des spécialistes, mais pendant certains projets, on déplace des serpents. C’est un peu comme les fleurs, mais c’est un peu différent, car il faut s’en occuper et les nourrir. Et ça fonctionne bien quand on les remet? Y a-t-il des endroits particuliers, par exemple en Suisse romande, où on a des serpents, car on ne les voit pas souvent, du moins pas dans les gares, donc ils sont ailleurs? On a pas mal de serpents, typiquement dans le Lavaux. On a eu un projet en 2018, donc ça date déjà un peu, mais on a fait une grande campagne de prélèvement de ces serpents, car on avait un gros projet de plusieurs mois dans le Lavaux. À l’époque, on a capturé une bonne cinquantaine de serpents. On les a mis dans des vivariums pendant à peu près cinq mois et on en a relâché à peu près 80. D’accord, donc comme des enfants, ils reviennent contents. Ils ont des chambres individuelles, enfin pas tout à fait. Dans les spécimens capturés, certains étaient déjà gravides, comme on dit pour les serpents, donc ils avaient des bébés dans le ventre. On ne fait pas forcément tout ça parce qu’on trouve ça sympa, mais parce qu’il y a un certain nombre de lois en Suisse très contraignantes et à respecter. Je ne sais pas combien il y en a quand on s’occupe de l’environnement. - Beaucoup. On a quasi une loi ou une ordonnance pour tous les domaines traités, que ce soit pour la nature, donc faune, flore, milieu, c’est protégé. Mais on a aussi la protection des eaux, protection des sols, protection contre le bruit ou le rayonnement ionisant. On a vraiment des bases légales très fortes et variées dans le domaine de l’environnement. J’ai aussi entendu parler, mais c’est plutôt au pied du Jura, de castors qui se promenaient autour de nos projets, c’est vrai? C’est vrai, dans les projets en Suisse romande, on a deux exemples récents avec des castors, où on leur a reconstruit des huttes. Car si le projet amène trop de perturbations ou de destructions de milieux, on leur fait un nouvel habitat. Dans ces deux cas, une fois à Schmitten, une fois à Ligerz, on a réussi à faire des cabanes attractives, où les castors sont venus s’installer. D’autres animaux encore qui te tiennent à cœur, que tu protèges ou pour lesquels tu prends des mesures? - Les chauves-souris. - Oui, les chauves-souris. Ça peut paraître surprenant au premier abord, mais on a pas mal d’éléments qui peuvent être intéressants pour elles. Soit des ponts ou des murs. S’il y a des interstices ou des petits trous, ça peut être des lieux intéressants pour les chauves-souris, car elles viennent y mettre leurs colonies. Donc là on surveille aussi si l’endroit est habité ou pas. Il faut éventuellement boucher les trous une fois qu’il n’a plus personne dedans, pour éviter que personne ne s’y installe le temps des travaux. Ou alors on refait exprès des ouvertures dans des nouveaux ouvrages, pour autant que ça ne menace pas la stabilité de l’ouvrage. C’est toujours une discussion qu’on a avec nos collègues. Mais voilà, oui, les chauves-souris. On a parlé des plantes, on a parlé des animaux. Il y a aussi tout un domaine très important en matière de nature, c’est le bruit et la lutte contre celui-ci. Le bruit du train, c’est un sujet qui vous préoccupe beaucoup dans tous les projets, toi et ton équipe. Effectivement, le bruit fait partie du train. C’est autant le bruit de l’exploitation, donc quand les trains roulent, que les bruits en face de chantiers. On accompagne tout ça aussi. On regarde si un projet va engendrer une augmentation du bruit en phase d’exploitation et ce qui pourrait nécessiter de prendre des mesures, que ce soit une paroi anti-bruit dans un cas extrême ou des fenêtres. Et pendant la phase de chantier, on va réfléchir avec les entreprises à comment limiter les nuisances en face des chantiers. Ça commence par l’organisation du travail. On est obligés de faire beaucoup de travaux de nuit, on n’a malheureusement pas tellement le choix. La nuit les gens dorment et nos travaux sont souvent très bruyants, en tout cas les grosses machines ferroviaires. Il y a un premier pan au niveau organisationnel. On réfléchit ensuite à des mesures sur place, à la source. C’est plus compliqué, mais on peut isoler certaines parties de machines ou de véhicules bruyants. On peut éventuellement aussi poser des parois anti-bruit provisoires. À t’entendre on fait beaucoup de choses pour la nature. Je vais faire ici une petite parenthèse, car la nature fait aussi beaucoup, mais pas forcément pour nous, parfois aussi contre nous. J’ai demandé à une collègue, Émilie Rascol, qui est justement spécialiste des dangers naturels, de nous parler et de décrire en quelques mots les différents dangers qu’on peut retrouver dans la nature et qui peuvent menacer les chemins de fer. Émilie Rascol, tu es ingénieure civile et spécialiste en géotechnique. Quels sont les dangers naturels que les trains et les voyageurs peuvent rencontrer et contre lesquels il faut lutter. Je sais pas si on peut parler de lutte, mais il y a des dangers naturels en Suisse. Ce sont principalement les glissements de terrain, les chutes de pierre, les falaises instables et les crues. On ne va pas faire peur aux gens, ça arrive quand même assez rarement. Et il y a un certain nombre d’éléments ou de moyens pour lutter contre ces éléments et faire en sorte de les prévenir. Que mettez-vous en place, aux CFF, pour éviter les crues et les glissements de terrain par exemple? On a une surveillance active pour les crues. On est en lien avec MétéoSuisse. Donc dès qu’il y a des prévisions de crues, on est alertés au même titre que les pompiers. On met alors en place des processus qui permettent de gérer ce problème. Et au pire des cas, quand un pont est à proximité d’une zone de crue, on interdit la voie et les trains ne peuvent plus rouler. Il y a parfois des bus de remplacement. Dans le cas des crues du Rhône de 2023, il n’y avait plus rien qui roulait, ni les trains, ni les bus. C’était tout bloqué, mais personne n’a été mis en danger. Je crois que c’est l’essentiel, éviter la mise en danger quand ces choses arrivent et contre lesquelles on ne peut pas lutter. Il y a d’autres éléments ou dangers naturels pour lesquels on peut prendre des précautions. Alors c’est clair contre les chutes de pierres, on installe le long des voies, dans les zones à risques, des filets de protection. Ils remplacent parfois même les forêts de protection. Ça c’est la première étape, c’est les arbres qui nous protègent. Deuxième étape, quand c’est insuffisant, on met en place des filets de protection qui retiennent les blocs avant leur chute sur la voie et les trains. Les arbres qui nous protègent, ça veut dire que c’est les racines qui permettent de faire tenir le sol, c’est bien ça? Pas tout à fait, c’est vraiment les troncs qui vont retenir les blocs quand ils dévalent une pente. D’accord, une dernière question. Ces phénomènes sont-ils de plus en plus fréquents? Ou est-ce stable? C’est clair qu’on dit qu’avec le réchauffement climatique, on va avoir une occurence plus importante des dangers naturels. Et une intensité qui peut aussi être plus importante. Donc nous, on n’a pas un processus différent. Mais par contre, on sait qu’on peut être plus souvent frappés par des dangers naturels. Et puis on s’y prépare pour les années à venir. Muriel Prisi, on parle du réchauffement climatique. Il y aura bientôt des cactus au bord des voies comme au sud de l’Italie ou c’est encore un peu tôt? J’espère qu’on a un petit peu de marge avant les cactus. Mais c’est vrai qu’on s’adapte aussi, typiquement avec les espèces d’arbres qu’on va choisir. Il n’y a pas que les CFF qui font ça. Aussi avec certaines maladies qui sont maintenant plus problématiques pour les espèces, donc on adapte les listes d’espèces plantées. On l’a vu, la nature peut être source de dangers, mais elle est surtout source de contemplation. Rien de mieux quand on est dans un train, confortablement assis, de regarder par la fenêtre. As-tu des conseils pour observer la nature depuis sa fenêtre? Le premier conseil, c’est d’observer. Je suis la première à être plutôt sur un écran pour travailler ou lire. Donc regarder dehors de temps en temps, ça fait du bien. Comme souvent ça va vite, moi je conseillerais de juste voir le vert pour commencer, et après la diversité des couleurs existantes. As-tu une fleur préférée dans toutes celles qui poussent le long des voies? Je les aime toutes, mais une que j’aime bien, mais il vaut mieux être à pied qu’en train effectivement, c’est l’esparcette. Comment est-elle cette fleur? Elle a déjà un joli nom et elle est rose clair, un peu pyramidale avec des petites fleurs un peu asymétriques. J’aime aussi la voir, car elle indique un milieu maigre, donc diversifié et intéressant. - Rose, tu as dit? - Oui, rose. OK, alors c’est le challenge qu’on va donner à nos auditrices et à nos auditeurs. Trouvez-nous des esparcettes et envoyez-nous vos photos. Mais n’allez pas dans nos talus, ça c’est dangereux! Faites-le depuis le train, ce sera encore plus délicat, car oui, on ne va pas dans les talus. Je crois qu’on a fait un joli tour de ce qu’était la nature, de ce qu’était l’environnement. Maintenant c’est à nos auditrices et auditeurs d’aller se promener et surtout d’observer la nature. Merci d’avoir participé à ce podcast sur et autour de la nature. Si le sujet vous intéresse, vous avez la possibilité de trouver d’autres informations sur notre site. Si vous avez des questions, écrivez à podcast@cff.ch. On se retrouve bientôt pour un nouvel épisode du podcast CFF, à bientôt. Ce podcast est maintenant terminé. Nous vous prions de bien vouloir descendre et vous disons à bientôt.